Le Cantique d'outre-tombe (7-9)

Publié le par Red Baroon

[Suite des parties (1-2) et (3-6) postées précédemment]

[pour lire l'intégralité du texte publié à ce jour, cliquez ici]

 

 

II] Ephialtès

« La nuit tombe et met avec l'ombre
Ses terreurs aux recoins dormants.
L'inconnu, machiniste sombre,
Monte ses épouvantements. »


Théophile Gautier, Emaux et Camées

 

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Illustration : Alfred Kubin, Le Meilleur Médecin

 

 

7


Montmartre, le mont des martyrs.
L’un des rares quartiers de Paris qui avait conservé son charme au cours des dernières années. Un proverbe montmartrois disait qu’il y avait bien plus de Montmartre dans Paris que de Paris dans Montmartre. Pour la première fois, j’eus l’impression de comprendre ce curieux aphorisme.
La lumière rasante du crépuscule automnal charriait ses derniers rayons sur la Butte, embrasant la basilique du Sacré Cœur d’un flamboiement de couleurs fauves et ambrées.
J’avais dû sortir du métro trois stations avant ma destination en raison d’un « incident grave de voyageur », euphémisme technique employé depuis des temps immémoriaux par la RATP pour signaler qu’un être humain avait décidé de mettre fin à ses jours en se jetant sous une rame de métro.
En dix ans, le taux de suicide en France avait été multiplié par deux. Etant données la dégradation galopante du niveau de vie et la déchéance continue du lien social, il devenait peu à peu un acte banal, presque quotidien, et l’épidémie ne cessait de se propager. Pourtant le sujet restait intégralement éludé dans le débat politique et ignoré par les médias dominants.
Comme le disait Camus, « Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux : c'est le suicide ». En ce XXIème  siècle, la vie était devenue tellement haïssable pour certains que le problème philosophique était devenu un problème pratique.
Sur mon chemin, je croisai un nombre incalculable de mendiants, d’exclus, de pauvres hères… Ils avaient commencé à réellement proliférer dans les rues de Paris à partir de la grande crise des années 2010. La capitale et toutes les grandes villes de province regorgeaient maintenant de clochards de plus en plus jeunes, de plus en plus nombreux, enfants malheureux d’une génération insouciante qui n’avait pas vu venir la chute brutale des classes moyennes. 
Pour assurer la sécurité des Parisiens, des patrouilles de police lourdement armées soutenues par des drones, dits de surveillance tactique, avaient commencé à faire leur apparition après la révolte des banlieues de 2015. Les forces de l’ordre, armées de fusils d’assaut et protégées par des armures semi-intégrales pullulaient dans les rues de la capitale et sanctionnaient très lourdement tous les fauteurs de troubles, n’hésitant pas à ouvrir le feu à balles réelles en cas de menace à leur encontre comme l’article 11 de la « loi cadre de protection civile » de 2016 les y autorisait.
Pourtant, en dépit de la misère omniprésente et de l’étouffante présence policière, l’état d’esprit qui prévalait chez beaucoup de Parisiens était une sorte de subtile alchimie entre un sentiment de désastre imminent et –symétriquement– la volonté enthousiaste, maladroite et empressée, d’extraire le divin substrat de cette vie avant que la catastrophe ne s’abatte pour de bon sur la civilisation.
Pour paraphraser Hermann Broch au sujet du climat étrange qui caractérisait Vienne à l’aube de la première Guerre Mondiale, il régnait à Paris en 2020 une atmosphère d’Apocalypse Joyeuse.
J’arrivai enfin en vue de la rue Chaptal, à l’entrée de laquelle un joueur d’orgue de barbarie aux allures de Père Noël jovial faisait roucouler sa mélodie réconfortante. Il soulevait régulièrement son chapeau pour saluer la foule et ponctuait ses révérences de « Haaaay Di Hoooo » chaleureux et retentissants. A ses côtés, un petit singe apprivoisé dansait le moonwalk au rythme de la musique, provoquant l’hilarité des enfants rassemblés devant le spectacle. L’animal agitait par intermittence une petite pancarte sur laquelle étaient inscrits les mots « Payez-moi SVP. Cartes bancaires et chèques refusés, cacahuètes acceptées. »
Je m’approchai plus près du joueur et constatai qu’il s’agissait en fait d’un automate d’un réalisme confondant. Le chapeau rouge qu’il tirait en direction de la foule arborait le logo d’une célèbre marque de boisson gazeuse. Encore un de ces androïdes publicitaires qui s’étaient mis à proliférer en quelques années, au gré des progrès phénoménaux de la robotique…
Je consultai ma montre. 17 heures 10. Il était temps que je me mette en quête du théâtre… Comme le message du tableau ne mentionnait pas son adresse exacte, je me mis à parcourir la rue Chaptal d’un bout à l’autre. Un immeuble vieillot attira mon attention. Le resplendissant portail Art Déco en bronze qui en barrait l’entrée jurait formidablement avec sa façade décrépite. Fixée au bâtiment, une plaque de marbre gris contrastait elle aussi avec le mur délabré. L’inscription « Théâtre des Ombres » y figurait en fines lettres d’or torsadées.
A priori, rien ne laissait présager que le théâtre fut ouvert. Porte close, aucun interphone, aucune sonnette à l’entrée. Seul un volumineux heurtoir d’acier en forme de tête de bouc difforme, qui me rappelait singulièrement les sculptures fantasmagoriques de Jean Carriès, offrait l’opportunité de signaler sa présence aux hypothétiques occupants de la bâtisse.
En proie à une légère appréhension, je saisis la tête métallique par la barbichette et l’abattis sur le bronze à plusieurs reprises.
Je détaillai du regard le portail : près de son sommet, parmi les arabesques obsessionnelles, se détachaient trois mots sculptés dans l’épaisse structure métallique :


La peste arrive



8


Je sursautai lorsque la porte en bois massif de l’autre côté du portail s’ouvrit lentement, provoquant un grincement lugubre. Un homme très âgé sortit du bâtiment et s’approcha en claudiquant.
Le vieillard portait sur son visage fatigué les stigmates de la patine du temps. Son nez était semblable à une pomme de terre gonflée par la fermentation et ses joues flasques et couperosées donnaient l’impression qu’elles pouvaient se liquéfier à tout instant comme un vieux pudding avarié.
- Qu’est-ce que c’est ?
Il avait cette voix rauque caractéristique des grands fumeurs, ce qui me fut confirmé une fraction de seconde plus tard lorsque son haleine chargée d’effluves de tabac froid et de whisky bon marché parvint à mes narines.
- Je viens pour la pièce de théâtre, La mort de Guido.
- Pardon ?
- La pièce de théâtre, répétai-je un ton au-dessus.
- La pièce de théâtre, grogna-t-il d’un ton méfiant. Qui êtes-vous ?
- Je m’appelle Emmanuel Esperanza.
Il m’ouvrit le portail et, sans un mot, me fit signe de le suivre. Nous traversâmes une petite cour intérieure pavée ornementée de quatre gargouilles menaçantes, toutes griffes dehors. Puis nous passâmes l’imposante porte en bois et pénétrâmes dans un petit hall d’accueil vétuste et terriblement poussiéreux, aux murs entièrement recouverts de draperies écarlates.
Dans un coin de la pièce, j’avisai un piédestal sur lequel trônait une imitation de ce qui était sans doute l’un des masques mortuaires les plus vénérés de toute l’histoire de l’art. Celui de l’Inconnue de la Seine, cette jeune femme dont le corps sans vie avait été repêché sur les bords de Seine à la fin du XIXème siècle. Selon la version officielle, l’un des employés de la morgue de Paris avait été si touché par sa beauté qu’il avait réalisé un moulage en plâtre de son visage. Les causes de la mort de la jeune femme n’ayant jamais été formellement identifiées, ce fut la version populaire, selon laquelle elle s’était suicidée en se jetant dans la Seine, qui s’imposa. Le masque atteignit une renommée internationale dès le début du XXème siècle dans les milieux artistiques, porté par le romantisme tragique des circonstances de la mort de la « Joconde Noyée ». Dès lors, l’Inconnue était devenue une égérie post mortem incontournable pour une foule d’artistes, et son masque ornait très fréquemment les salons des peintres, des écrivains et des poètes auxquels ses traits paisibles et gracieux figés dans la mort avaient inspiré une quantité inestimable d’œuvres dans la première moitié du XXème siècle.   
Le vieillard s’arrêta un instant au pupitre de réception où il s’empara d’une lampe-torche avant de reprendre mécaniquement sa route d’un pas traînant en direction d’un couloir mal éclairé. Encore et toujours ces tentures rouge sang.
Afin de briser le silence qui commençait à se faire pesant, je hasardai un médiocre trait d’humour :
- Est-ce que vous m’emmenez dans le caveau de Dracula ?
Comme on pouvait s’y attendre, ma boutade tomba parfaitement à plat et le géronte éthylique continua sa route comme s’il n’avait rien entendu de mes paroles, ce qui d’ailleurs était probablement le cas. En guise de réponse, il me gratifia seulement d’un pet couinant dont il tenta, en vain, de couvrir le bruit par un raclement de gorge. Je me décalai légèrement pour ne pas rester dans son sillage.
Le parquet croulant crissait sous nos pas et nous nous enfoncions dans un dédale de pièces et de couloirs à l’agencement pour le moins déroutant : ici, une porte inaccessible était imbriquée à l’horizontale dans le haut plafond, trois mètres au dessus de nous ; là, au beau milieu d’un grand hall, un puits de pierre antédiluvien dont la présence à cet endroit même constituait un formidable défi aux fantaisies architecturales les plus insensées ; plus loin, deux escaliers jumeaux s’élançaient parallèlement vers les niveaux supérieurs avant de s’arrêter brutalement au niveau du plafond.
Je me sentais observé. J’avais l’impression que mes mouvements et mes expressions étaient observés et analysés, froidement disséqués par celui ou ceux qui étaient à l’origine de tout ce qui m’arrivait depuis des semaines.
Au bout de ce qui me sembla une éternité, nous franchîmes une autre porte surmontée d’une gravure à l’effigie de la même tête de bouc qui ornait le heurtoir à l’entrée de l’édifice. Nous étions arrivés dans la salle de théâtre.
Elle était de taille moyenne, vide d’occupants, toute parée de velours pourpre et aménagée d’une quinzaine de rangées de sièges profonds et confortables. Le plafond était étonnamment haut, et deux grands vitraux oblongs d’inspiration baroque se faisaient face de part et d’autre de la salle. L’un d’eux représentait le Christ irradiant littéralement des centaines de flèches sur les habitants terrifiés d’une ville médiévale. Ce type de composition était une représentation symbolique classique des épidémies de peste noire qui s’étaient abattues sur l’occident entre le XIVème et le début du XVIIIème siècle, et que l’Eglise avait présentées comme autant de châtiments divins destinés à laver les péchés de l’Humanité.
Le second vitrail était une danse macabre traditionnelle dans laquelle un roi, un évêque et un chevalier dansaient chacun avec un squelette en une farandole funeste.
Le vieux se tourna vers moi et m’adressa la parole d’une voix râpeuse :
- Voilà, nous y sommes. La pièce va bientôt commencer.
Je m’installai à l’endroit que m’indiquait le vieillard, au cinquième rang, à proximité de l’estrade et du grand rideau pourpre. Le vieil homme se retira alors de la salle, tout en fredonnant la chanson « Quand je pense à Fernande… »
Il y avait sur mon siège un petit livret relié dont je m’emparai avant de m’asseoir. Sa reliure en plein cuir et ses gardes en papier marbré étaient d’une qualité rare. Je l’ouvris et constatai qu’il s’agissait du texte intégral de La mort de Guido, de Janus Schrödinger. Je regardai la date d’édition : 1905.
Je fus tiré de ma rêverie par les treize coups rapides de brigadier frappés contre le parquet, suivis de trois coups lents qui annonçaient le commencement de la représentation.

 

 

9


Le rideau s’ouvrit à l’allemande, se repliant vers le haut et dévoilant un décor très travaillé de ville médiévale.
Un seigneur luxueusement vêtu faisait face à un homme aux traits méditerranéens, en costume d’artiste. Le premier félicitait le second, un nommé Guido, pour la qualité de ses peintures, ce à quoi l’artiste rétorquait qu’il devait son inspiration à une muse qui apparaissait chaque nuit dans ses songes. Grâce à elle, prétendait-il, il avait retrouvé la créativité qu’il croyait avoir perdue depuis la grande épidémie de peste noire qui avait frappé Paris en 1348. Les deux hommes échangèrent plusieurs répliques au sujet de cette grande calamité qui avait moissonné la population du royaume, puis le seigneur prit congé de Guido, le laissant poursuivre la composition sur laquelle il travaillait.
Peu après, une vieille femme bossue entra en scène et interpella Guido :
- Guido, je dois te tenir en garde contre ta muse, celle qui chaque nuit te confère ta précieuse inspiration et décuple ton imagination.
- Mais qui es-tu donc pour te permettre de porter un jugement sur celle qui a su rendre à mon art ses lettres de noblesse ?
- Comme tu vois, je ne suis qu’une misérable vieille femme. Mais sache que ce soir à minuit, ta muse viendra te rendre visite. Non pas dans tes rêves cette fois-ci, mais quand tu seras éveillé. Elle viendra frapper à ta porte. Et sous aucun prétexte, tu ne devras lui ouvrir. M’entends-tu, Guido ?
- Je ne te comprends pas, vieille femme, pourquoi devrais-je fermer la porte à celle qui est ma source d’inspiration ? Ne serait-ce pas pour moi une erreur tragique que de la rejeter ?
- Si tu ouvres la porte à ta muse ce soir, ton inspiration deviendra noire comme le charbon et ton art n’engendrera plus que malheur et tragédie. Je t’ai averti et je ne peux rien faire de plus. Fais le bon choix, Guido !
La vieille femme partit en traînant la patte, laissant l’artiste perplexe.
Dans la scène suivante, Guido était chez lui, en train de peindre une toile à la lueur d’une chandelle. Il était manifestement absorbé par son travail lorsque trois coups sourds retentirent. Il se tourna vers la porte qui se dressait au fond de la salle et dit :
- La vieille femme l’avait annoncé : ma muse est venue me rendre visite… Au diable les mises en garde de cette sorcière, je t’accueille en ma demeure, ô ma divine inspiratrice !
C’est alors que je remarquai le halo verdâtre qui filtrait autour de la porte close. Je sentis la peur s’insinuer en moi.
Lorsque Guido ouvrit la porte, mes craintes se confirmèrent. Je me recroquevillai dans mon siège à la vue du personnage sur le seuil de la porte.
J’avais en face de moi, à moins de dix mètres, un sosie de la sorcière du Tableau Intouchable. Elle était très grande, sans doute plus d’un mètre quatre-vingts, et portait une tunique claire d’où semblait provenir la phosphorescence qui se diffusait dans toute la salle. Ses traits étaient graves et émaciés, mais contrairement la femme du tableau, son visage ne portait pas les stigmates de la décomposition. Aucune trace de maternité ne transparaissait sur son corps. Elle s’adressa à Guido d’une voix ensorcelante :
- Guido, je m’appelle Marie Delatour. Viens me voir demain, le long de la façade sud du cimetière des Saints Innocents, entre le terrain de l’Hôtel-Dieu et le charnier des écrivains. Nous accomplirons de grandes choses ensemble…
- Je viendrai, ô ma muse. Je serai…
A ce moment précis, Guido s’interrompit car Marie avait disparu. Elle s’était volatilisée en une fraction de seconde derrière un écran de fumée apparu brutalement…
Je n’avais jamais assisté à un trucage aussi convaincant et pendant de longs instants, je restai interloqué, stupéfait par ce tour de prestidigitation digne des plus grands illusionnistes.
Guido se lança dans un monologue passionné sur la beauté glaciale de Marie, sur la personnification de la souffrance qu’elle représentait à ses yeux, sur sa volonté de l’accompagner dans son calvaire par amour, quels que soient les sacrifices qu’il lui en coûterait. 
Par la suite, l’action se poursuivait sur un décor où les tombes foisonnantes se mélangeaient dans la plus grande anarchie avec les échoppes des marchands et les étals des camelots. D’innombrables ossements humains jonchaient le sol de ce lieu hybride où vivants et morts cohabitaient en bon voisinage.   
Guido fit son apparition et interpella un marchand :
- Salut à toi, camelot. Sais-tu où je peux trouver Marie Delatour ?
- Marie la recluse ? Tout le monde la connaît ici. Elle est là-bas, dans ce caveau à ciel ouvert. Après la Grande Peste elle a choisi d’y vivre cloîtrée pour le restant de ses jours afin d’expier ses fautes passées. Elle est enfermée dans ce minuscule reclusoir depuis près de trois ans, et elle n’en est jamais sortie. Son refuge ne comporte nulle issue vers l’extérieur. Juste une petite lucarne par laquelle les âmes pieuses lui jettent de la nourriture. Quand vient la nuit, elle chante. Ceux qui entendent cette mélopée restent en adoration pendant de longues heures devant son cloaque, comme s’ils tombaient sous le pouvoir de sa voix…
- Que dis-tu ? Marie est venue me rendre visite hier soir chez moi ! Comment pourrait-elle vivre enfermée ? Ce que tu dis n’a aucun sens !
- Va voir par toi-même si tu ne me crois pas. Tu verras qu’il n’y a aucun moyen de sortir du cloître de la recluse…
Guido fit quelques pas en direction du reclusoir situé au centre de la scène. Je me crispai sur les accoudoirs de mon siège lorsque le visage de Marie apparut dans la lucarne du petit édifice. Guido s’adressa à elle d’une voix pleine de révérence :
- Ô ma muse, que fais-tu dans ce caveau solitaire et humide ? Viens avec moi : je ne saurais supporter de t’y voir dépérir une minute de plus. Laisse-moi te libérer et t’emmener en une demeure plus accueillante.
- Non, Guido. Je dois expier mes péchés en me tournant vers une vie de pénitence. J’ai compris après la grande épidémie et la mort de tous les miens que Dieu, dans son infinie miséricorde, me donnait une dernière chance d’emprunter le chemin de la foi et du sacrifice. Je lui ai donc donné ma vie en choisissant de me faire emmurer dans cette prison à ciel ouvert sans espoir de retour parmi les vivants.
- Mais alors, comment se fait-il que tu aies pu sortir hier soir pour venir me rendre visite chez moi ? Il doit bien y avoir quelque issue secrète à ton caveau !
- Non, il n’y en a aucune. Ce n’est pas mon corps qui est venu te rendre visite hier. Tu ne comprends donc pas ?
- Si ce n’est pas ton corps qui était sur le seuil de ma porte hier soir, ô ma muse, alors je ne vois qu’une explication : c’est un miracle…
- Guido, tu dois m’aider en mettant ton art à mon service. Rejoins-moi sur le chemin qui mène au Tout-Puissant : le chemin de la croix, le plus noble des instruments de torture. Guido, Fais le signe de la croix sur ton corps pour prouver ta foi !
Marie avait prononcé cette dernière phrase sur un ton inflexible. Son regard posé sur Guido flamboyait de mille feux.
Guido enleva calmement sa chemise et sortit une petite dague acérée d’un fourreau attaché à sa ceinture. Puis, sans l’ombre d’une hésitation, se mutila le torse en y entaillant une grande croix de laquelle se mit instantanément à perler un abondant filet de sang.
Je savais qu’il ne s’agissait pas là d’un trucage : l’acteur qui interprétait Guido venait bel et bien de se taillader le corps. Ses traits, figés dans une allure contemplative indiquaient qu’il avait procédé de sang froid, avec une ferveur silencieuse mais inexorable. On ne lisait pas le moindre signe de douleur sur son visage.
J’étais de plus en plus mal à l’aise. Je sentais sourdre peu à peu la saveur rance de cette angoisse qui avait accompagné mes rêves des semaines précédentes. 
Mais cette fois il ne s’agissait plus d’un rêve…

 

(à suivre...)

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