Les aventures de Louise-Solange, veuve dans le huitième arrondissement (1)

Publié le par Red Baroon

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Comme tous les jours, mon réveil sonne à sept heures pile. Je me lève et je vais servir son petit déjeuner à Poupy, mon yorkshire adoré. Aujourd’hui son menu est composé d’un tournedos de bœuf et de croquettes caninox aux vitamines, minéraux et omega-3 que je fais venir spécialement des Etats-Unis. La santé de mon petit Poupy n’a pas de prix, après tout c’est un être humain comme les autres…
Un brin de toilette, un thé à la menthe, deux biscottes, je peaufine mon brushing…
A 9h30, je suis fin prête à sortir de chez moi : une dure journée m’attend…
Dans le hall d’entrée je croise ma voisine du dessous, Jacqueline Sancier-Pouchardin. Figurez-vous que cette vieille peau me hait à cause de mon duplex, situé au dernier étage, bien plus spacieux, mieux exposé, et infiniment mieux décoré que son appartement. Jacqueline Sancier-Pouchardin est la femme d’un riche boucher du 16ème arrondissement. Aaah, ne m’en parlez pas… Décidément le standinge de la rue de Marignan part en brioche : maintenant, même les viandards parvenus s’y installent. Mon pauvre Georges -Dieu ait son âme- doit faire des saltos arrière dans sa tombe. Bref, passons… 
Inutile de dire que je réponds à la jalousie que me porte la vioque par un mépris aussi profond que le grand canyon. Un coup d’œil dans sa direction suffit à me donner la nausée : elle est tellement farcie de Botox et de collagène qu’elle ressemble plus à un matelas pneumatique auquel on aurait greffé une moumoute de claudette qu’à un être humain. Franchement, mon lifting et mes micro-injections d’acide hyaluronique sont autrement plus réussis… Un sourire aussi large que celui du requin des Dents de la mer apparait au milieu de l’amas de graisse et de plastique qui fait office de visage à ma voisine et qui ne dépareillerait pas dans le grand bêtisier de la chirurgie esthétique :
- Louise-Solange, comment vas-tu ma chèèèère ?
Oui, j’ai oublié de vous préciser mais Jacqueline et moi sommes amies.
- On ne peut mieux ! Et toi ? Tu as une mine suupeeerbe !
- Meeerci, tu es reeeesplendissante toi aussi ! Quand est-ce que tu viens manger à la maison ?
- Quand tu veux, avec plaisir ma toute belle !
- Alors j’en parle à Patrick et je te tiens au courant dès notre retour de Megèèèève dans quatre jours. On arrivera à se trouver un moment avant notre départ pour Saint-Baaaarth’.
- D’accord, à bientôt !
- Passe une meeeeerveilleuse journée ma jolie !
C’est ça, bon vent ma grosse bouée de sauvetage… Tu feras moins la maline quand un jour ta tête surgonflée explosera comme une baudruche suite à une énième piqure de Botox. Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se pourfend…
Je sors de l’immeuble avec Poupy, satisfaite de voir que l’apparence de ma chère amie ne va pas en s’arrangeant : même un babouin sous Viagra n’en voudrait pas. La journée commence bien…
Poupy s’arrête et tend son adorable petit croupion vers le macadam. C’est l’heure de sa petite crocrotte matinale. Ah non, pas ici mon bébé, il ne faut pas salir le trottoir de l’immeuble de maman. Viens, je t’emmène devant le pavillon de la veuve Pouillac-Haubincourt, sur le trottoir d’en face. Je la hais, cette vieille trainée. Sa maison vaut sans doute quatre fois le prix de mon appart’ et en plus la charogne se plait à parader dans sa Rolls-Royce avec chauffeur. Je peux vous dire que le jour où elle lâche la rampe, j’emmène Poupy dîner à la Tour d’Argent…
A peine sommes nous arrivés sur le seuil du pavillon de la veuve honnie que Poupy exprime sa solidarité à sa manière, en se délestant d’un magnifique colombin presque aussi gros que lui.
Allez viens mon chaton, on va à l’assemblée des copropriétaires de l’immeuble de la rue d’Alésia, celui où on a un appartement, tu te souviens ? On va mettre un de ces boxons dans la réunion, on va pas s’ennuyer, tu vas voir ! Maintenant viens dans le sac à main de maman, sinon aucun taxi ne va nous prendre. Connards de taxis… Je hais leur façon tragicomique de pleurnicher sur leur sort. Et les temps sont durs, et les impôts nous tuent, et l’essence n’arrête pas d’augmenter… Bande de jeanfoutres, je t’enverrais tout ça à Grozny si ça tenait qu’à moi, là-bas au moins ils se tiendraient à carreau !
Ha voila une de ces tanches qui s’arrête à mon niveau. Il fait la gueule... Etonnant !

Enfin au moins il risque pas de m’asséner sa liste de doléances, c’est toujours ça.
Je monte dans son tas de boue et nous voila partis pour le 14ème arrondissement.
20 minutes plus tard nous voila à la réunion. Comme à mon habitude je suis en retard d’une heure et je débarque en plein milieu des débats. Qu’est ce que j’aime voir leurs tronches de chimpanzés se décomposer lorsqu’ils me voient arriver avec mon fidèle Poupy, je crois que je ne m’en lasserai jamais… Durant la réunion je pose systématiquement mon véto à toutes les propositions. Quel bonheur ineffable d’emmerder cette bande d’abrutis… Si mon vieux fricouzoff était toujours opérationnel, j’en mouillerais ma ptite culotte…
11h15. Viens Poupy on s’en va : on commence à se faire pondre sévère et de toute façon tous les votes sont passés. Laissons nos amis gesticuler dans leur petit caca. Allez mon cœur, on va acheter du pain.
Lorsque je vais à la boulangerie je me fais toujours un point d’honneur à passer devant les gens qui font la queue, un peu comme à la poste mais à la boulangerie ça demande plus de savoir-faire car on attend moins. Il faut donc agir beaucoup plus rapidement… Et hop, un de passé ! Ben quoi, ça te pose un problème ? Haa c’est facile de pester contre une dame sans défense, je suis sûr que si c’est un rastacouère de deux mètres cent-dix kilos qui te double tu trouveras rien à redire espèce de petite lopette. Et toc ! Oui c’est ça, 5 baguettes et 3 sandwichs thon-mayo s’il vous plait.
Allez Poupy, direction le Parc Montsouris : on va jeter le pain aux canards. Oui on va là oui y a les deux SDF près de la grande mare, j’adore voir leurs trognes de poivrots affamés quand ils me voient balancer la boustifaille aux canetons.

 

(à suivre...)

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